L'Oppidum de Roquefavour, première ville de Ventabren

S'il fallait décerner le prix du patrimoine le plus négligé de Provence, l'Oppidum de Roquefavour figurerait sans difficulté parmi les favoris. Car derrière quelques murs en ruine se cache tout simplement le plus grand oppidum celto-ligure connu de Provence occidentale.
Imaginez un instant que le plus grand oppidum celto-ligure de Provence occidentale soit presque invisible aux yeux du public. Pas de centre d'interprétation. Pas de véritable mise en valeur. Quelques murs, un petit panneau fatigué... et beaucoup d'oubli. Voilà le sort réservé à l'Oppidum de Roquefavour, pourtant l'un des sites archéologiques majeurs de notre région. Une injustice patrimoniale qui dure depuis bien trop longtemps.🌿 Un géant de l'histoire prisonnier d'un nom trompeur
Le premier ennemi de Roquefavour est sans doute... son nom.Le mot « Oppidum » évoque, pour beaucoup, une simple fortification perchée. Une poignée de guerriers derrière quelques murailles.
Quant à l'appellation « Camp Marius », inventée au XIXᵉ siècle sans véritable preuve archéologique, elle finit d'égarer le visiteur. On imagine un banal camp de tantes romaines provisoires. Rien de plus.
La réalité est exactement l'inverse.
Roquefavour n'était pas un camp. C'était une ville. Une véritable agglomération estimée entre 2 000 et 3 000 habitants, occupant près de six hectares, soit l'équivalent de huit à neuf terrains de football. Son rempart principal s'étendait sur près de 300 mètres de longueur et culminait à environ quatre mètres de hauteur, plus haut qu'une maison de plain-pied.
Et pourtant, lorsque l'on arrive sur place, rien ne laisse deviner cette démesure. Une ironie presque cruelle lorsque les archéologues considèrent Roquefavour comme le plus grand oppidum celto-ligure connu de Provence occidentale.
🌿 Une civilisation presque effacée des mémoires
L'injustice dépasse largement le seul cas de Roquefavour.Les Ligures furent les premiers grands bâtisseurs de Provence. Ils occupaient déjà ce territoire bien avant les Grecs puis les Romains. Leur civilisation a perduré durant plusieurs millénaires et a conservé son identité malgré l'arrivée des Celtes, donnant naissance à la culture dite « celto-ligure ».
Et pourtant... qui en parle aujourd'hui ?
Les manuels scolaires les évoquent à peine. Les musées qui leur sont consacrés sont rares. Beaucoup de leurs sites restent confidentiels, mal expliqués ou insuffisamment protégés.
Pendant longtemps, on les a résumés à quelques "peuples indigènes", comme si leurs villages n'étaient que des amas de cabanes perdues dans les collines. Le qualificatif de « peuples autochtones » n'est guère plus flatteur. Les fouilles racontent pourtant tout autre chose : des villes fortifiées, des rues, des tours de guets, une architecture élaborée et une parfaite maîtrise de leur territoire.
Il est temps de sortir cette civilisation de l'ombre où l'Histoire l'a enfermée.
🌿 Le premier Ventabren... avant Ventabren
Ce choix d'implantation ne doit évidemment rien au hasard. Depuis ce promontoire, les habitants contrôlaient toute la vallée de l'Arc, d'est en ouest, l'un des principaux couloirs naturels de circulation en Provence.Une question demeure pourtant : pourquoi avoir choisi le versant sud du massif plutôt que le versant nord, où s'élèveront plusieurs siècles plus tard le château de la Reine Jeanne et le village médiéval qui est devenu le Ventabren actuel ?
Une situation qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler la Belle Époque, lorsque le versant sud de la commune concentrait à nouveau l'activité autour de l'aqueduc de Roquefavour et de sa gare.
Cette interrogation en entraîne une autre. Pourquoi retrouve-t-on, à quelques kilomètres seulement, trois autres oppida majeurs à Velaux – Meynes, Sainte-Eutropie et surtout Roquepertuse – tous implantés à proximité immédiate de l'Arc ?
Quel rôle jouait réellement cette vallée ? Était-elle un simple axe commercial... ou une véritable colonne vertébrale sacrée du territoire ligure ? Reliait-elle leur capitale d'Entremont à leur sanctuaire de Roquepertuse ? Correspondait-elle au tracé primitif de la future Via Aurelia ? Et si oui, pourquoi les Romains auraient-ils repris précisément cet itinéraire ?
Autant de questions fascinantes qui restent aujourd'hui sans véritable réponse. Faute de recherches et de valorisation de la civilisation celto-ligure, une partie de notre histoire demeure encore enveloppée de mystère.
🌿 Un patrimoine exceptionnel traité comme un terrain vague
Le plus choquant reste sans doute la visite du site lui-même.Le visiteur tombe sur un modeste panneau, usé par le temps, parfois criblé d'impacts. Pas de véritable parcours pédagogique. Pas de restitution. Pas de maquette. Pas même quelques panneaux permettant d'imaginer la ville antique qui occupait les lieux.
Comment comprendre l'importance de Roquefavour dans ces conditions ?
Les ruines ressemblent, pour un œil non averti, à celles d'un ancien hameau pastoral abandonné. Rien ne permet d'imaginer qu'elles appartiennent à l'une des plus grandes agglomérations celto-ligures connues de Provence.
Pendant des décennies, cette discrétion a favorisé les dégradations et les pillages, malgré les alertes répétées de Jean-Pierre Musso, l'archéologue ventabrennais qui consacra une partie de sa vie à révéler l'importance du site.
Quelques objets sont aujourd'hui présentés dans les vitrines du petit office de tourisme, ouvert qu'aux heures de bureau la semaine, qui fait aussi office du bureau adminitratif. C'est mieux que rien. Mais cela reste dérisoire face à l'importance historique de Roquefavour.
Le plus grand oppidum de Provence occidentale mérite mieux qu'un panneau oublié au bord d'un chemin. Il mérite enfin d'être considéré pour ce qu'il est réellement : l'un des plus précieux témoins des origines de la Provence.






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