L’époque où Ventabren était « the place to be » de la Provence

Restaurant Arquier près de Ventabren

Au début du XXe siècle, bien avant que Saint-Tropez ou la Côte d’Azur ne deviennent les symboles du chic et de la mondanité, il existait au sud de Ventabren un lieu incontournable où toute la belle société provençale aimait se retrouver et se montrer.



🌿 L’Hôtel Arquier, le rendez-vous élégant de toute une époque

Aujourd’hui encore, des générations de Provençaux connaissent le nom “Arquier”. Pourtant, peu imaginent qu’à la Belle Époque, ce lieu était une véritable destination à la mode. Situé non pas sur la commune de Ventabren mais à sa frontière sud, côté Aix-en-Provence, l’établissement attirait une foule élégante venue parfois de très loin.

À certaines périodes, les terrasses au bord de l’Arc ressemblaient presque à une station balnéaire intérieure. Les dames en robes longues et ombrelles descendaient du train depuis l'ancienne gare de Ventabren, les hommes arrivaient en automobile ou en fiacre.

On déjeunait sous les platanes, on prenait un café face à la rivière, on discutait littérature, politique ou voyages dans une ambiance de carte postale.
Les premières automobiles stationnaient devant l’établissement comme des trophées modernes. Les artistes, intellectuels et notables régionaux s’y croisaient dans une atmosphère chic et détendue.

Et là, surprise : ce lieu que presque plus personne ne connaît aujourd’hui avait son heure de gloire au XIXᵉ siècle. Selon certaines rumeurs locales, George Sand, Lamartine ou encore Napoléon III seraient venus eux aussi découvrir le site et faire leur petit pèlerinage à Roquefavour. Mais pourquoi un simple restaurant perdu au bord de l’Arc attirait-il autant de monde ? Pourquoi cette foule élégante se pressait-elle ici plutôt qu’ailleurs en Provence ?

🌿 Le géant de pierre qui fascinait toute la France

La réponse se dressait juste au-dessus des arbres : l’aqueduc de Roquefavour. Lui sur la commune de Ventabren.

À l’époque, l’ouvrage provoque un véritable choc.

En 1847, Franz Mayor de Montricher, jeune ingénieur suisse âgé de seulement 26 ans, réalise ici ce qui apparaît alors comme une prouesse presque irréelle : un aqueduc monumental, plus grand encore que le Pont du Gard, traversant les collines provençales comme une cathédrale de pierre.

Le bouche-à-oreille explose dans toute la région. Les journaux en parlent. Les poètes s’en inspirent. Napoléon III décore Montricher de la Légion d’Honneur. Frédéric Mistral et les Félibres viennent admirer l’ouvrage.On compare Roquefavour aux plus grands monuments antiques.
Et surtout, le site devient facilement accessible grâce à la ligne de train Aix–Rognac et à sa gare située au pied même de l’aqueduc. Une excursion parfaite pour les familles bourgeoises et les amateurs de paysages spectaculaires.On venait voir “la merveille de Provence”, puis prolonger l’expérience chez Arquier autour d’un repas ou d’un café au bord de l’eau.

Roquefavour devenait alors “the place to be” de la Provence intérieure. Le lieu où il fallait pouvoir dire : “J’y suis allé.”

🌿 De la Belle Époque à l’abandon

Puis la Première Guerre mondiale balaya ce monde insouciant. La Belle Époque disparut brutalement. Peu à peu, les visiteurs se firent plus rares, les habitudes changèrent, et l’engouement autour de Roquefavour s’éteignit doucement.

L’Hôtel Restaurant Arquier, lui, traversa pourtant les décennies. Le lieu conserva longtemps une aura particulière auprès des certains provençaux attachés à l'endroit. Beaucoup continuèrent d’y venir pour ses platanes majestueux, son cadre unique au bord de l’Arc et cette atmosphère hors du temps que l’on ne retrouvait nulle part ailleurs.

Mais aujourd’hui, le contraste est saisissant.

Là où résonnaient autrefois les conversations élégantes et le bruit des verres en terrasse, le silence domine désormais. La récente fermeture du restaurant, fin 2023, a laissé derrière elle un goût amer pour de nombreux habitants attachés à ce lieu historique.

Voir cet ancien haut lieu de la Belle Époque provençale aujourd’hui fermé et totalement à l’abandon provoque désormais bien plus qu’une simple mélancolie : une véritable indignation face au laisser-aller qui frappe un lieu aussi emblématique de l’histoire provençale.
Car derrière les murs d’Arquier, ce n’est pas seulement un restaurant qui sommeille. C’est tout un morceau oublié de l’histoire mondaine de la Provence qui semble attendre qu’on se souvienne enfin de lui.

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