Inondation, la nuit où Ventabren bascula dans le déluge

Après les deux jours de pluies diluviennes sur le département , difficile de ne pas penser à la dernière inondation à Ventabren, et rappeller que le risque et toujours là.
Mercredi 22 septembre 1993 - 18 h : les premières pluies
En début de soirée, un épisode méditérrannéen comme celui d'hier, particulièrement se met en place sur le bassin de l’Arc. Les pluies touchent fortement la région avant de se concentrer progressivement sur le secteur d’Aix-en-Provence. À ce moment-là, rien ne laisse encore imaginer l’ampleur de la catastrophe qui va suivre.
20 h – 21 h : la pluie s'intensifie
Les précipitations deviennent extrêmement violentes sur le bassin versant. À Aix-en-Provence, les cumuls atteignent des valeurs exceptionnelles : 130 mm en une heure et environ 71 mm en seulement 30 minutes. Ce n'est donc pas simplement une longue journée pluvieuse : c'est un déluge concentré sur quelques heures.
22 h : les vallats commencent à réagir
À mesure que les pluies s'abattent sur l'amont du bassin, les sols se saturent et les ruissellements se multiplient. Les petits cours d'eau, beaucoup plus réactifs que l'Arc, commencent à monter brutalement. Dans le secteur d'Éguilles et en aval, les vallats entrent progressivement en charge. L'eau qui tombe sur les hauteurs est désormais en train de descendre vers Ventabren.
23 h : Ventabren dort encore
À Ventabren, la nuit est installée. Dans les maisons, les habitants sont pour beaucoup chez eux. Les routes sont détrempées, mais personne ne peut encore mesurer ce qui se produit en amont. Pourtant, l'eau continue de converger vers les vallats. Le Vallat des Eyssarettes, le Vallat des Claux et les différents axes de ruissellement vont bientôt devenir les principaux vecteurs de la catastrophe.
Minuit : l'eau gagne du terrain
À l'approche de minuit, les petits cours d'eau réagissent de plus en plus violemment. À Ventabren, le problème ne vient donc pas uniquement de l'Arc : les vallats et le ruissellement concentrent brutalement les eaux vers les zones basses du village. C'est ce phénomène qui explique notamment les dégâts considérables observés ensuite autour des Eyssarettes et des Claux.
1 h du matin : la situation bascule
Au chemin de la Joséphine, les témoignages recueillis après la catastrophe racontent une montée extrêmement brutale. Jusqu'à 23 h, il n'y avait encore que relativement peu d'eau. Puis, vers 1 h, selon un témoignage, l'Arc sort de son lit et l'eau arrive de tous les côtés. Une petite maison familiale est presque entièrement détruite. Dans certains secteurs, les habitants comprennent alors qu'ils ne sont plus face à une simple forte pluie : ils sont littéralement pris dans les eaux.
1 h – 2 h : Ventabren sous les eaux
Dans le secteur du Vallat des Eyssarettes, la situation devient catastrophique. L'Intermarché est envahi par les eaux, la station d'épuration toute proche est fortement endommagée, des troncs d'arbres obstruent les bassins et des canalisations sont arrachées. Une propriété située près du vallat reçoit plus de deux mètres d'eau. Dans les secteurs plus bas du village, notamment entre le quartier des Bonfils et la cave coopérative, les dégâts sont considérables.
2 h : le pic de l'Arc
À Saint-Pons, l'Arc atteint son maximum avec un débit d'environ 273 m³/s, pour une hauteur de 4,85 mètres. C'est le pic de la crue. Mais à Ventabren, les dégâts ne sont déjà plus seulement liés à la rivière : les vallats, les ruissellements et les débordements locaux ont transformé de nombreuses rues et propriétés en véritables zones d'écoulement.
2 h – 3 h : l'eau envahit les habitations
Au Puits du Saule, plusieurs habitations sont touchées. À proximité, une famille est réveillée vers 2 h 30 par les gémissements de son chien. À l'extérieur, les conditions sont devenues tellement difficiles que les pompiers doivent intervenir pour évacuer les habitants. Dans la maison, plus d'un mètre d'eau est présent. La famille se réfugie à l'étage tandis que le rez-de-chaussée est dévasté.
Dans la même nuit : la RD10 sous 1,30 m d'eau
Plus à l'est, près du secteur où l'A8 franchit la RD10, les eaux envahissent également les terrains situés en amont de la départementale. Sur environ 400 mètres de longueur et 150 mètres de largeur, les champs sont inondés. Puis l'eau atteint la RD10, qui se retrouve sous environ 1,30 mètre d'eau sur plus de 100 mètres. Entre l'A8 et la RD10, un véritable axe d'écoulement se forme.
Au petit matin du 23 septembre : Ventabren découvre les dégâts
Lorsque le jour se lève, le village découvre l'ampleur du désastre : routes dégradées, boue, arbres arrachés, maisons envahies, commerces touchés, réseaux endommagés… Ventabren ne ressemble plus au village qui s'était endormi quelques heures auparavant. Une quinzaine de personnes évacuées trouvent refuge à la salle Reine Jeanne. Dans la presse du lendemain, Le Provençal résume brutalement la situation avec son titre : « Ventabren : dégâts plus importants ».
Et dans les témoignages recueillis après la crue résonne une phrase terrible : après la précédente grande crue de 1977, les habitants pensaient que « cela ne devait plus se reproduire ».
🌊 Ventabren en zone inondable
Si le sud de la commune, bordé par l’Arc, constitue naturellement le secteur le plus exposé, Ventabren compte également une importante zone inondable le long du Vallat des Eyssarettes. Le risque est particulièrement marqué à la jonction avec le Vallat des Claux, à proximité du centre commercial et de l’Intermarché : c’est d’ailleurs l’un des secteurs qui avait été durement touchés lors de la crue de septembre 1993.
👉 Voir le zonage du PPRI de Ventabren :
Carte du PPRI — zones inondables de Ventabren



